vin
vigne
grappe
raffinée
     

 

Seule dans le règne végétal, la vigne nous rend
intelligible ce qu'est la véritable saveur de la
terre. Quelle fidélité dans la traduction ! Elle
ressent, exprime par la grappe les secrets du
sol. Le silex, par elle, nous fait connaître qu'il est
vivant, fusible, nourricier. La craie ingrate pleure,
en vin, des larmes d'or...
 

Colette

 

Noé fut le premier agriculteur. Il planta une vigne et
il en but le vin, s'enivra et se trouva nu, à l'interieur
de sa tente. Cham, père de Canaan, vit la nudité de
son père et il en informa ses deux frères au dehors.
Sent et Japhet prirent le manteau de Noé qu'ils placèrent
sur leurs épaules à tous deux et marchant à reculons, ils
couvrirent la nudité leur père. Tournés de l'autre côté,
ils ne virent pas la nudité de leur père.

Lorsque Noé, ayant cuvé son vin, sut ce qu'avait fait son
plus jeune fils, il sécria :

- Maudit soit Canaan, qu'il soit le dernier des serviteurs de
ses frères

Puis il dit : "

- Béni soit le Seigneur, le Dieu de Sem, que Canaan en soit
le serveur ! Que Dieu séduise Japhet, qu'il demeure dans les
tentes de Sem et que Canaan soit leur serviteur !"

GENESE 9, 10

 

Les femmes et le Bordeaux, je crois que ce
sont les deux seules raisons de survivre.

Pierre Desproges.

 

Un grand vin n'est pas l'ouvrage d'un homme. Il est
le résultat d'une constante et raffinée tradition. Il y a
plus de mille années d'histoire dans un vieux flacon.

Claudel

 

C'est Dieu qui créa l'eau, mais l'homme fit le vin.

Victor Hugo

 

L'âme du vin

Un soir, l'âme du vin chantait dans les bouteilles :
"homme, vers toi je pousse, ô cher deshérité,
Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
Un chant plein de lumière et de fraternité !

"Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
De peine, de sueur et soleil cuisant
Pour engendrer ma vie et pour me donner l'âme,
Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,

"Car j'éprouve une joie immense quand je tombe
Dans le gosier d'un homme usé par ses travaux
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.

"Entends-tu retentir les refrains des dimanches
Et l'espoir qui gazouille en mon sein palpitant ?
Les coudes sur la tables en retroussant tes manches,
Tu me glorifieras et tu seras content ;

"J'allumerai les yeux de ta femme ravie ;
A ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
Et serai pour ce frêle atlhète de la vie
L'huile qui raffermit les muscles des lutteurs.

"En toi je tomberai, végétal ambroisie,
Grain précieux jeté par l'éternel Semeur,
Pour que de notre amour naisse la poèsie
Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur."

Charles Baudelaire

 

La Bouteille

Bouteille,
Merveille
De mon coeur
Ta liqueur
Vermeille
Me séduit
M'enchaine,
M'entraîne,
Agrandit
Mon esprit,
L'enflamme
Et produit
Sur mon âme
Le bien le plus doux !
Au bruit de tes glouglous
Quelle âme ne serait ravie !
Tu sais nous faire supporter
Les plus noirs chagrins de la vie,
Et des tourments (plus affreux) de l'envie
Par des chemins de fleurs tu sais nous écarter.
Loin de toi qui pourrait encore trouver des charmes
A tes coups séduisants, qui pourrait résister,
Quand le puissant amour à tes pieds met ses larmes
Pour accroître sa force, et mieux blesser après
Les coeurs indifférents qui bravent ses succès
Et les heureux effet que produit ton génie ?...
Mais combien de mortels ont chanté mieux que moi
Mieux que moi célébré ta puissance infinie,
Et fait de te chérir leur souveraine loi !
Piron, Collé, Pagnard, Vadé, Favard, Sedaine,
En adorant ton culte, ont illustré la scène
Et nous ont tous appris à n'oublier jamais
Que le feu des plaisirs qui circule en nos âmes,
Besoin d'aimer, d'éteindre douces flammes,
Sont les moins grands de tes bienfaits.

Pierre Capelle

 

Il s'agit du vin, c'est à dire de la partie intellectuelle
d'un repas. Les viandes n'en sont que la partie matérielle.

Alexandre Dumas

 

Il y a, au commencement de chaque grand repas, deux
sortes de regard furtifs : celui qu'on lance vers le décolleté
de la belle madame, celui qu'on lance vers l'étiquette de la
bonne bouteille.

R. Gomez de la Serna

 

"J'ai toujours à mon arçon, dit l'heureux interlocuteur de Sancho, d'un côté une bonne cantique de viandes froides, de l'autre cette bouteille que j'aime, que je chéris et que j'embrasse à tout moment. - Monsieur, reprit Sancho d'une voix tendre, voulez vous bien me permettre de l'embrasser une fois ?" L'inconnu remit alors la bouteille dans ses mains. Sancho la porte à sa bouche et, se renversant sur le dos, il se met à regarder les étoiles et demeure au moins un quart d'heure dans cette position qui lui plaisait. En se relevant, il fait un soupir, laisse tomber sa tête sur son sein. "Ah ! monsieur dit-il, ah ! monsieur c'est lui ! je le reconnais : Il est de Ciudad-Real ! - vous avez raison, c'est de la qu'il est ; en plus il a quelques années - A qui le dites vous ? Mon Dieu ! il n'y a pas de vin dont je devine, à la seule odeur, le pays et la qualité ; c'est une vertu, un don de famille"

Cervantès (Don Quichotte)


 

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